
Faten Bennani Meziane : « Le football ne commence pas dans les académies, mais là où les enfants jouent »
El Botola : Pourquoi inDrive a-t-elle choisi d'aborder le football marocain de la base au sommet ? D'un point de vue footballistique, pourquoi inDrive a-t-elle choisi de se concentrer sur les enfants qui jouent en dehors des cadres officiels plutôt que sur les académies ou les filières d'élite ?
Faten Bennani Mezian : « Parce que le football commence réellement là pour la plupart des joueurs. Les académies ont un rôle, mais il vient plus tard et ne concerne qu'une petite proportion. La véritable base du football marocain se construit dans les quartiers, sur des terrains improvisés, avec des enfants qui jouent quotidiennement par amour du jeu. Si nous voulons comprendre le football, nous devons commencer par là. »
El Botola : Pourquoi ce moment était-il opportun pour lancer un projet comme inDrive ?
Faten Bennani Mezian : « Le football est aujourd'hui au premier plan. Il y a une grande concentration sur les résultats, les grands championnats et la réussite professionnelle. Nous avons ressenti le besoin d'équilibrer ce discours. Lorsque la discussion se limite aux résultats, la base est oubliée. Notre projet rappelle que le jeu existe avant la visibilité et la reconnaissance. »
El Botola : Lorsque vous observez les enfants jouer dans les quartiers et les espaces ouverts aujourd'hui, qu'est-ce qui retient votre attention en tant qu'observatrice du football ?
Faten Bennani Mezian : « Ce qui est frappant, c'est l'ampleur de la créativité et de l'intuition. Ces enfants apprennent le football en jouant, non en suivant des instructions. Ils s'adaptent aux terrains, aux espaces et au nombre de joueurs. Cela façonne leur façon de penser sur le terrain. C'est un type d'intelligence footballistique qui s'estompe souvent lorsque tout devient organisé. »
El Botola : Le projet inDrive soutient des enfants qui jouent régulièrement. Pourquoi cette étape est-elle cruciale dans la relation du joueur avec le ballon ?
Faten Bennani Mezian : « Parce que les habitudes s'y forment, ainsi que la confiance. À cet âge, le football peut être une source de joie ou de pression. Le soutien à ce stade n'a pas besoin d'être complexe — parfois, il suffit de fournir de l'équipement et de la reconnaissance pour que l'enfant sente que ce qu'il fait est important. »
El Botola : Vous avez choisi quatre jeunes joueurs pour représenter le projet. D'un point de vue footballistique, qu'est-ce qui était le plus important dans ce choix ?
Faten Bennani Mezian : « Nous n'avons pas cherché à classer les talents. Nous avons observé leur façon de jouer et la place du football dans leur vie. Leur engagement, leur enthousiasme et leur manière de parler du jeu. Ils représentent des milliers d'enfants qui jouent sans se demander où cela les mènera. »
El Botola : Beaucoup de joueurs marocains grandissent en jouant sans équipement adéquat. Comment cela affecte-t-il leur style de jeu ?
Faten Bennani Mezian : « Cela les oblige à s'adapter. Ils apprennent le contrôle, l'équilibre et la conscience dans des conditions difficiles. Il est vrai que l'équipement est important, mais son absence construit aussi la résilience et la créativité. L'important n'est pas d'embellir la difficulté, mais de reconnaître que ces conditions façonnent les joueurs de manières spécifiques. »
El Botola : Le projet inDrive ne parle pas de former de futurs professionnels. Pourquoi était-il important d'éviter ce discours ?
Faten Bennani Mezian : « Parce que toutes les trajectoires footballistiques ne doivent pas se terminer par un contrat professionnel. Le football a une valeur même s'il ne mène pas à une carrière. Il enseigne la discipline, le travail d'équipe et la confiance. Supprimer la pression du « succès » permet aux enfants de maintenir leur lien avec le plaisir de jouer. »
El Botola : Le film tourné avec les joueurs montre des moments très simples. Pourquoi ce choix était-il important ?
Faten Bennani Mezian : « Parce que c'est la vraie forme du football à cet âge : attendre le ballon, rater une occasion, rire et recommencer. Ces moments sont plus authentiques que les faits saillants. Quiconque a joué au football s'y reconnaît. »
El Botola : Burger King a rejoint le projet. D'un point de vue footballistique, quel rôle les marques peuvent-elles jouer à ce niveau du jeu ?
Faten Bennani Mezian : « Elles peuvent aider en offrant de la visibilité et des ressources, à condition de respecter le jeu. Le rôle est de soutenir, non de contrôler. Dans ce projet, le football reste prioritaire. »
El Botola : Enfin, dans le langage du football, qu'est-ce qui fait le succès du projet inDrive ?
Faten Bennani Mezian : « Que ces enfants continuent de jouer avec confiance et fierté. Qu'ils se sentent reconnus, même pour une courte période. Le succès ici ne se mesure pas en titres ou en carrières professionnelles, mais par la relation qu'ils construisent avec le jeu. »